Tendances mode afro: l’imaginaire de la « tribal beauty »

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Headwrap, piercing septum, imprimés wax, tresses sont à nouveau au coeur des tendances mode afro. Une vague d’inspiration tribale, véhiculant des codes culturels et de beauté séculaires, a envahi l’industrie de la mode et certains modes de vie! Décryptage.

Depuis l’avènement de la culture Nappy, une vague de beauté corolaire a déferlé sur la fashion sphère. De la rue aux défilés, des stars du web aux coqueluches de la mode ou de la musique, des petites marques de créateurs aux grandes enseignes de fast fashion, tous ont eu un regain d’intérêt pour les codes de la beauté afro, vieux de plusieurs siècles. Tout en intronisant de nouvelles icônes du cool, qui ont su se réapproprier et insuffler le look de leurs ainées à leur sauce. Entre art de vivre sur fond d’atavisme, mode et récupération markéting : tour d’horizon de l’imaginaire de la « tribal beauty » à l’heure d’Internet.

Du peuple peul aux artistes underground

 

©Pinterest Zoë Kravitz

©Pinterest Zoë Kravitz

Zoë Kravitz, FKA Twigs… Toutes deux sont musiciennes et font couler beaucoup d’encre pour leur look ultra étudié. La première – accessoirement fille de Lenny Kravitz et Lisa Bonet – affiche aujourd’hui des tresses dites box braids jusqu’aux reins, un piercing au septum. Et incarne les actuelles tendances mode afro à l’image d’une princesse africaine version underground. La seconde, bien qu’affichant un style un poil plus weirdo tout en faisant partie intégrante de l’élite indie, a aussi succombé à la vague de la perforation dans la cloison nasale centrale. Elle arbore, à l’égal de sa congénère, un anneau doré ornemental. De l’authentique au bling, il n’y a qu’un pas. En Afrique, le piercing au septum a majoritairement été porté par les peuples peuls, et plus particulièrement par la tribu nomade des Beja (Soudan). Ces derniers arboraient ces bijoux, essentiellement confectionnés à partir d’os ou de cornes, pour définir leur statut social dans la tribu. Absents des civilisations pendant des siècles, le piercing au septum a largement été boudé en Occident pendant l’explosion de la pratique fin XXe, début XXIe siècle. Les convertis lui préféraient en général le (plus timide) piercing à la narine. Aujourd’hui, spécifiquement sur la scène artistique, ces empreintes culturelles héritées d’Afrique sont notables. Elles ont été modernisées, ont perdu de leur sens originel, sans être totalement dénaturées. Elles restent la manifestation sous-jacente d’une beauté ethnique, tout en étant universelle, accessible par tous quelles que soient les origines. En témoigne la récupération markéting du géant de la vente en ligne Asos – pour ne citer que celui-ci – qui vend des faux septums clips en veux-tu en voilà. Et fait rupture de stock.

Tendances mode afro ou l’art de la coiffe nigériane version Youtube

 

Tendances mode afro par The Wrap Life

(c) The Wrap Life

Des modeuses aux bloggeuses, en passant par les youtubeuses, elles se sont toutes passé le mot en adoptant l’art de l’attaché foulard parmi les fortes tendances mode afro. Celui-ci se retrouve orchestré sur la photo d’une star d’Instagram avec la mention du hashtag « bad hair day » (mauvais jour de cheveux), ou dans un tutoriel vidéo visionné des milliers de fois par des apprenties wrapping girls. Bref, le gele fait sensation. Issue de l’Afrique de l’ouest, cette dénomination fait référence au turban porté par les peuples Yoruba (Nigéria, Togo, Ghana, Bénin) – une tradition, a priori, vieille de 400 ans. En fonction de la manière dont le foulard était attaché, il déterminait le statut social de celui qui le portait. Le gele continue d’être un véritable accessoire de mode pour les femmes nigériennes. Elles l’associent avec le boubou lors des cérémonies. Tandis que la génération Y aime l’assortir à une jupe patineuse en cuir et des sneakers. S’il est monnaie courante de trouver ce tissu traditionnel fabriqué à partir d’une toile tissée – aso-oke pour les Yoruba ou bogolan pour les Maliens – dans les arrondissements de Paris comme le 18e (épicentre de la diaspora africaine), de petits créateurs outre-Atlantique ont profité du filon. C’est le cas des fondatrices de The Wrap Life originaires de Brookyn – la capitale du cool – qui ont inauguré un site de vente en ligne. Aux côtés des textiles traditionnels, ces représentantes de la « tribal beauty » proposent des wraps en denim et des accessoires pour compléter l’apanage du look néo-afro (bracelets et fameux faux septum piercing). Mais elles sont aussi et surtout de bonnes communicantes, qui interagissent avec leur communauté de wrap girls (via leurs blog et réseaux sociaux), en uploadant régulièrement des tutos pour apprendre à nouer son foulard. Il existe une multitude de combinaisons différentes, avec des méthodes d’attachés parfois aux antipodes des techniques traditionnelles, mais toujours au service du style.

(c) The Wrap Life

(c) The Wrap Life

 

La relève de la génération 2.0

 

Vanessa Wrigh et Juliana Luna de Project Tribe

Vanessa Wrigh et Juliana Luna de Project Tribe

S’il est un autre tissu qui a retrouvé de sa superbe ces dernières années au centre des tendances mode afro, c’est sans conteste la wax. Ses imprimés bigarrés, tantôt ludiques tantôt ultra chic, font l’unanimité dans la fashion planet. Solange Knowles est devenue la reine du mix and match, en maîtrisant l’art de dépareiller son foulard et son tailleur haut en couleurs confectionné dans l’esprit de la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes) cogolaise. La tradition veut que chaque motif d’un imprimé wax symbolise des aspects de la culture familiale. Désormais on peut retrouver des motifs tels que « le sac de Michelle Obama » signé Vlisco : fabricant néerlandais de renommée internationale établi depuis 1846, comptant pas moins de 300 000 motifs. Sans oublier des méthodes de fabrication industrielles d’inspiration wax permettant à toutes modeuses qui se respectent de suivre le cap. Pour éviter à la fast fashion d’avoir la main mise sur le créneau, des petits créateurs ont pris les rennes en lançant des plateformes. Kelechi est à la tête de Zuvaa, un market place en ligne valorisant le design textile africain. « C’est plus qu’un e-shop, c’est une communauté, un mouvement. (…) Notre mission est de mettre à disposition des designers du monde entier, des outils pour mettre un pied dans le marché international, et permettre aux femmes de se sentir belles en leur proposant des créations d’inspiration africaine originales et pleines de vie ». Dans la même lignée, on retrouve le Project Tribe. Les fondatrices, Vanessa Wright et Juliana Luna sont établies à Atlanta et ont adopté le total look « tribal beauty » – des imprimés wax aux cheveux naturels wrappés en passant par les bijoux et l’indétrônable piercing septum – jusqu’à adopter un style de vie afro-bohémien. Leur hashtag impulsé sur leurs différentes plateformes : #PositiveLoveEnergy. Leur salut : namaste. Leur mantra : voir la vie en couleur. Un brin hippies, elles n’en oublient pas leur objectif : celui de promouvoir la création, l’art et l’artisanat du monde entier. Et célébrer la beauté et la mode d’inspiration afro. Via la plateforme Project Tribe, Vanessa Wright a lancé le projet Bohemian Bazaar. A la manière d’un blog lifestyle combinant inspirations et lookbook, cette dernière partage les pièces de textile qu’elle déniche un peu partout et orne elle-même sous l’estampille Printed Pattern People (les gens aux imprimés). Un joyeux fourbi qui fédère près de 10 000 adeptes parmi la beauty tribu 2.0 de leur page Facebook autour de tendances mode afro.

A voir:

Crown tutorial by The Project Tribe

Les tutos de The Wrap life  Les tutos d’Eva’s head wraps

Crédit photo en Une: (c) Urbanbushbabes – les soeurs Quann

 

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